18 octobre 2020

A la Maison de retraite : « Faut pas pousser MamY » quand elle surfe ! Les seniors profitent aussi des vagues !

Par Coralie

Ca s’agite à la maison de retraite ! Au programme des activités traditionnelles proposées aux résidents, est venu s’ajouter le surf ! Ca bouscule votre représentation personnelle sur ce sport souvent médiatisé à l’aide d’un grand blond ? Il est où le musclé, bronzé, qui a tellement de tablettes de chocolat qu’elles sont marquées à travers la combinaison de néoprène noir ? Pas de panique et tant mieux, c’est un des objectifs poursuivis 😉

Depuis plus de quatre ans, Hélène Rouault, directrice de l’école « Hina Surf », établissement de Saint-Malo complètement dédié à la célèbre planche « , a lancé ce projet. Accompagnée d’une infirmière de l’institution « Résidence de L’Abbaye« , elles  ont eu l’idée de proposer la « Surf Thérapie » . Alors, remède qui surfe sur la vague de « l’attrait pour les planches » ou activité physique qui comporte de nombreux bienfaits à tout âge ? Prenons la direction des plages bretonnes, où Hélène nous reçoit entre deux lames.

C’est fun de vous retrouver, en cette période difficile pour tous, mais particulièrement en maison de retraite. Cette nouvelle découverte, nous amène de l’espoir pour les jours meilleurs et un peu de vent frais !

« Il n’y a pas d’âge pour apprendre » dit MamY.

Et bien, « MamY » a bien raison, même si elle ne connaît pas encore Hélène et ses apprenants dont la doyenne qui a 92 ans. En même temps, le projet est unique pour le moment, mais comment, un jour, on décide de proposer du surf aux résidents d’une maison de retraite ?

Hélène nous explique : « A la base, je suis éducatrice. J’ai, moi-même, toujours été très sportive, et j’ai beaucoup utilisé le sport comme outil d’intervention auprès des publics que j’accompagnais. Par la suite, j’ai décidé de passer mon brevet de monitrice de surf et j’ai eu l’opportunité d’ouvrir mon école. Directement, j’ai décidé de consacrer une partie de mon activité aux publics dits « différents ». Je ne voulais pas « sectoriser » cette ouverture au seul public porteur de handicap. Je souhaitais que les bienfaits du surf soient accessibles à tous types de publics. Je propose mes compétences à des personnes souffrant de cancer, de lombalgies, des jeunes autistes…cela représente à peu près 35 % de mon activité. En parallèle, j’ai les autres cours. C’est par ce biais, que j’ai rencontré une infirmière, Cathy Blanchard, engagée au sein d’une EHPAD*. Convaincue des bienfaits qu’elle observait suite à sa pratique du surf, cela a ouvert les discussions. Plusieurs études prouvent les retombées positives de l’activité physique chez les personnes âgées. Nous avons décidé de proposer le surf aux résidents. »

L’activité se réalise donc avec l’appui de cette infirmière, accompagnée par lanimatrice et est validée par un médecin. Les séances sont donc encadrées et répondent à des normes strictes de sécurité.

Concrètement, comment se passe une séance de surf pour les résidents ?

« L’activité commence dès l’arrivée du bus à la maison de retraite. Nous prenons la route pour rejoindre l’école de surf, grimper les quelques marches pour enfiler la combinaison ». Et ça, c’est déjà du sport…(Avez-vous déjà enfilé une combinaison ? Personnellement, ma première expérience d’enfilage s’est déroulée à l’été 2008 sur une plage d’Argelès-sur-Mer. La situation a tellement été épique que je peux encore vous donner la date, plus de 12 ans après…Nous devions, normalement, profiter de 15 jours au soleil, à la plage…le temps était tellement pourri, qu’après 4 jours, nous nous sommes résignés, mon jeune époux et moi, à acheter des combinaisons de plongée. Enfin parée de ma gaine semi-intégrale, heureusement j’avais surveillé mon poids pour notre mariage célébré quelques mois avant, il était temps d’essayer le masque de plongée. Et oui, quitte à avoir la tenue autant s’équiper totalement et profiter des fonds marins… C’est là qu’il m’a été offert l’opportunité de comprendre que le masque de plongée, on le met aussi sur le nez ! Dans le cas contraire, on s’offre un lavement des sinus au Stérimar naturel…Bref je n’ai plus jamais fait de sinusite et cette expérience salée me préparait, sans le savoir, au port du masque en 2020 ! « On apprend toujours de ses erreurs » dit Mamy…

« Après nous descendons vers la plage, où différents revêtements de sols se succèdent : pavés, sable… » L’équilibre et l’aspect sensoriel sont travaillés. Au bord de la mer, Hélène initie au positionnement sur la planche et reprend quelques éléments clés relatifs au gainage. Avec chaque personne, elle entame la discussion pour adapter au maximum cette séance de glisse. Elle relève des éléments tels que : « La personne peut-elle pratiquer en position couchée, a-t’elle mal à certaines articulations, a-t’elle peur des vagues ? » Ils s’installent, en duo, sur de très grandes planches. L’encadrement est basé sur l’intégrité, le respect et la sécurité.

Séance encadrée par Hélène, photo Hinasurf.

Quels sont les bienfaits observés ?

Premièrement, il y a les effets liés au fait d’être au grand air, de plus dans cette activité, l’air marin. Les apprentis surfeurs peuvent aussi profiter du soleil et des vertus positives de l’eau de mer. Véritablement, les bénéfices de l’eau marine sur l’organisme ne sont plus à prouver, nous connaissons tous les thalassothérapies…L’aspect moteur est travaillé, le fait de se mouvoir, de monter sur la planche, de s’agripper… Certaines courbatures témoignent, qu’au niveau musculaire cela agit :-).  Et Hélène complète : « Il y a cette sensation de glisse, qui procure une montée de l’adrénaline. Qui nous permet de ressentir un réel bien-être, d’oublier l’espace d’un moment les tracas de la vie, les moments compliqués en institution… Cette heure et demi est une réelle opportunité pour prendre soin et s’occuper de soi. La plage amène aussi son lot de souvenirs, j’entends des récits de moments heureux passés à proximité de la mer ».

En tant que professionnelle que lui apporte ce lien entre générations ?

Son accompagnement, elle l’envisage comme l’ouverture des « Champs du possible » : découvrir ce qui est encore réalisable même si on ne l’a jamais fait. Elle s’attelle aussi à casser les préjugés de la société. Nous échangeons d’ailleurs sur le fait qu’il est cocasse de travailler sur les stéréotypes au départ d’un sport aussi stéréotypé. Elle me souffle : « J’étais la Mamie de ma formation en surf et je suis devenue directrice d’école dans un monde essentiellement masculin. Bien que le surf féminin prend de l’essor, je cassais déjà certains codes. Et je veux continuer, je veux montrer que le surf est accessible, ouvrir le regard de la société sur la différence. » Elle poursuit notamment cette idée en proposant plusieurs activités « inclusives » dans son programme ».

Sur son expérience avec les plus âgés, elle est tout aussi directe : « Quand je reçois les résidents de la maison de repos, je suis face à des personnes qui ont un vécu, un parcours qui induisent directement une notion de respect. Pour certains, cette activité redonne un sens à la vie. Le fait de proposer le surf prouve que ce n’est pas parce qu’on est en maison de repos qu’on ne peut plus rien faire. Il y a le fait d’apporter du bohneur dans le relationnel, de contribuer à une certaine forme de valorisation, de fierté. Quand j’entends certaines personnes dire qu’elles sont impatientes de raconter cela à leurs familles, c’est réussi. J’aime transmettre et permettre à la personne de s’élever. Dernièrement, suite aux articles qui ont relayé l’activité, j’ai un monsieur de 70 ans qui est venu prendre son premier cours, une maman accompagnera son fiston pour des cours en duo prochainement…Ils se sont dits que c’était possible et ça, c’est bien. »

Les notions de confiance et estime de soi sont donc également approchées lors de cette activité, mais aussi lors des retours que les participants peuvent partager.

Et ce n’est pas « Marianne », 82 ans,

qui nous dira le contraire, elle s’est découvert une nouvelle passion et rejoint le projet tous les ans depuis trois ans !

On se (re)voit quand ?

Dans tous les cas, grâce à cette interview, Hélène, je suis prête à renouveler l’expérience de l’essayage de la combinaison. Et pourquoi pas en famille ?  Surtout que ce qui est bien avec le surf c’est qu’il ne faut pas porter de masque !

J’espère sincèrement pouvoir vous rejoindre, un jour, sur la plage de Saint-Malo… Aux lecteurs, si vous décidez de prendre le large avant moi, envoyez-moi une jolie photo 🙂

Pour clore cette découverte, je vous invite à aller savourer, le reportage vivifiant réalisé par France Info sous le lien, rires et expressions relevés en audio, c’est TOP ! :  « Mamie fait du surf, un reportage à Saint-Malo de Solenne le Hen« .

Merci à Hélène Rouault, pour le temps consacré.

Et vous que pensez-vous de proposer des activités qui sortent de l’ordinaire aux résidents des maisons de repos ? Dites-le nous en commentaire.

You are Welcome, chez Hélène et ici pour les prochains articles. (je trouvais que cette introduction « américaine » cadrait bien avec le surf et en plus c’est plus facile que les abdos !)

Au plaisir de vous retrouver.

Coralie

* Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes

 

 

Pour aller plus loin

La « Surf Thérapy » est déjà fortement implantée dans des pays comme l’Australie, les Etats-Unis

Dans la région de Biarritz, un médecin généraliste, le Docteur Barucq, prescrit comme sport sur ordonnance le surf. Il a écrit un livre, il y a quelques années, sur les bienfaits de la « Surf Thérapy », vous trouverez les renseignements ici.

En Belgique on sait faire du surf ! Mais je n’ai trouvé aucun renseignement sur la « Surf Thérapy » dans mon pays. A la sortie du confinement, le Paddle a remporté un vif succès. Après discussion avec Hélène, la pratique de cette planche comporte également des bienfaits, mais qui sont plus comparables à ceux de la pratique d’une activité sportive au grand air.

Donc en résumé, ce n’est pas la peine d‘essayer de faire du surf en paddle sur les vagues créées par le bateau qui traverse le Lac de l’Eau d’Heure pour les lecteurs belges 😉

Pour le « Surf »c’est vraiment à la mer, et pour le « Surf Thérapy » c’est encadré 😉

 

 

 

 

 

 

 

 

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