forain de génération en génération
4 avril 2021

Sur les routes de la transmission d’une profession : forain de génération en génération.

Par Coralie

Elle a parcouru les routes et a séjourné sur les plus grandes places de Belgique. Néanmoins, aujourd’hui, Françoise a posé ses valises à Ostende. Cette Canadienne d’origine, a vécu comme foraine un quotidien bien différent de la majorité d’entre nous. Actuellement, elle profite de la quiétude de son appartement au septième étage et déclare “Etre au septième ciel !”.

Ce qu’elle aime, par dessus-tout, c’est de recevoir la visite de ses enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants.

Dans le cadre de ce défi, je souhaitais, particulièrement, vous parler de la transmission d’une profession. Et le métier de forain ou foraine, correspond bien à ce critère, car il se transmet, majoritairement de générations en générations. J’ai eu la chance que l’on me propose d’interroger, Françoise, qui a dû tout apprendre du métier.

Alors, ne perdons pas une minute pour découvrir, ce portrait atypique, basé sur l’aventure, l’itinérance et beaucoup d’adaptation…

Envie d’aventure ? En route pour la Belgique !

Rien ne destinait Françoise à parcourir les routes de Belgique. Cette Canadienne, finalise dans les années soixante une formation d’assistante dentaire.

En 1967, l’exposition Universelle est programmée au Canada. Cette organisation constitue un événement marquant pour le pays. Pour Françoise, encore plus ! A cette époque, pour elle, travailler au sein de cet évènement est un rêve : “Quelque chose d’exceptionnel allait se passer dans mon pays, et j’étais très animée par l’idée de travailler sur le site de l’expo. J’ai décroché un poste comme vendeuse de bonbons anglais. Mes voisins de stand étaient une famille de Belges, qui vendaient des croustillons : les Delforge. J’allais rencontrer mon futur mari. J’avais une vingtaine d’années, l’innocence de la jeunesse, le goût de l’aventure et une envie d’évasion. Je ne connaissais pas la Belgique, mais c’était décidé, je partais !”

Françoise quitte donc son Canada natal pour les routes de Belgique, mais aussi la carrière à laquelle elle se destinait.

Envie de découvrir le quotidien d’une autre grand-mère canadienne,

j’ai rencontré Ginette de Kipawa, il y a quelques semaines, découvrez ici, son témoignage.

Forain un métier qui se transmet

Photo de Scott Webb

Un changement intégral de vie.

Et avec le recul, mon portrait l’avoue, elle ne s’attendait pas à autant de changements ! Car, en plus de quitter son pays et sa famille, c’est à de nouvelles conditions de vie et un métier qu’elle doit s’habituer.

“J’étais la petite dernière d’une famille recomposée de 24 enfants. J’avais toujours connu le confort d’une maison et la vie proche de ma famille. A l’époque où je suis arrivée, les forains n’avaient pas l’eau courante dans les caravanes et je ne parle pas des toilettes ! Mon mari venait d’une famille de forains, où le métier se transmettait de génération en génération. Pour ma part, tout était nouveau. Heureusement, les conditions de vie se sont très vite améliorées, j’ai même eu rapidement ma première baignoire sabot. Mais le manque de ma famille était terrible les trois premières années. Et j’ai compris ce que j’avais fait à ma mère quand j’ai eu mon premier fils… Heureusement, j’ai reçu un très bon accueil de la famille et des forains, j’ai ressenti énormément de solidarité. Il faut savoir également, que quand on est forain, on travaille énormément. De plus, à cette époque, les horaires d’ouvertures étaient libres. Nous exercions dans le secteur alimentaire, nous avons repris “Max” en 1978, cela  impliquait de travailler le matin pour la préparation des produits et des recettes. Notre commerce fonctionnait bien, nous lui avions même apporté une touche canadienne : un grand drapeau qui trônait sur la façade et les recettes et noms des burgers étaient directement inspirés du Canada ! “

témoignage foraine

Les pommes d’amour de Derrick Brooks sur Unsplash

Les enfants grandissent.

Et quand les enfants grandissent, c’est  un enseignement différent des enfants, que Françoise découvre. Souvent, les forains sont amenés à se déplacer dans les grandes villes de Belgique pour suivre le calendrier des foires.

Entre Bruxelles, Anvers, Gand, Namur… Les enfants de forains, sont régulièrement amenés à rejoindre un internat : ” Je n’avais pas connu cela et c’est ce qui préoccupait le plus ma mère. Elle était venue nous rendre visite, une fois, à Anvers et était surprise par la promiscuité des caravanes. Elle m’avait suivi avant l’ouverture et avait vu le nombre de factures payées aux fournisseurs. Le premier jour d’ouverture, ce fût la drache nationale, pas un chat ! Cela l’inquiétait beaucoup, mais pas autant que de savoir les enfants à l’internat.”

Voyager entre transmission et évolution.

“Chez les forains, il était encore fréquent que les enfants quittent tôt l’école.” Dans la mesure, où beaucoup de forains ont cela dans le sang, ils veulent rejoindre au plus tôt le monde de la foire. Cependant, Françoise a insisté sur une règle : “J’ai dit à mes enfants, hors de question de travailler chez moi, si vous n’êtes pas allés chercher un diplôme. A la fin de ses études, un de mes enfants a reçu une proposition de travail dans une boulangerie bruxelloise renommée, il l’a refusée. Lorsqu’il a reçu la proposition de son potentiel patron, il a répondu, maintenant que j’ai mon diplôme, je vais travailler chez ma mère ! Il avait respecté notre pacte…Mes deux enfants ont continué ce qui avait été instauré dans la famille depuis de nombreuses décennies.”

Et même si les conditions de vie liées à ce métier ont fortement évolué, Françoise me confie : Les forains n’ont jamais connu de situation aussi difficile. La crise sanitaire fait que les forains sont sans perspectives. Quand vont-ils pouvoir réouvrir ? Les échéances sont à chaque fois reportées et basées sur des peut-être…”

Le temps de la retraite et des petits-enfants.

Jusqu’il y a peu, Françoise aidait encore à la caisse ses enfants, à présent, c’est le temps de la retraite qui a sonné.

“C’est un cadeau, être grand-mère est quelque chose d’extraordinaire. Françoise a 1 petit-fils, 2 petites-filles et 2 arrières petites-filles. Mes petits-enfants sont très différentes, mais ils sont magnifiques. J’adore les accueillir le week-end, me balader. On prend le bateau pour faire une courte traversée et se promener. On aime aussi beaucoup jouer aux cartes, mais je ne les laisse pas gagner ! La plus âgée dit toujours aux plus-petites, si vous avez gagné avec Grany, c’est que vous avez vraiment gagné ! “

Mon portrait s’amuse quand elle m’explique : “J’ai des belle-filles en or. Elles m’ont dit, plus tard nous voulons une retraite comme vous ! Je dois donc faire chaque jour quelque chose de spécial, car je prépare leurs retraites !”

J’apprécie cette façon de voir les choses et la faculté d’adaptation de Françoise, qui est remarquable. Au regard de ce témoignage, je lui demande, si elle souhaite partager un conseil aux lecteurs.

Elle me livre en toute simplicité : Hier, n’existe plus, il n’y a qu’aujourd’hui qui compte. Alors faites-en une belle journée.”

En tout cas, pour ma part, ce témoignage y a contribué, merci Françoise.

Une jolie façon, de nous permettre de découvrir ce métier et de me replonger dans mes origines paternelles.

Et même si la profession est différente, entre forain et animatrice nous avons un objectif commun : “Mettre de la vie, là où l’on passe !”

Nous nous retrouvons la semaine prochaine pour un nouveau portrait.

Merci pour votre lecture.

Coralie

 

 

 

 

 

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