mon vieux documentaire avis elie semoun
20 janvier 2021

J’ai regardé « Mon vieux » le documentaire co-réalisé par Elie Semoun

Par Coralie

« Dans le fond, c’est tout que je veux voir ». Paul partage ce souhait au début du documentaire. Elie son fils, a sorti un vieil appareil de projection. Il demande à son « vieux« , dans quel film familial, il souhaite se plonger. Le père d’Elie est touché par la maladie d’Alzheimer. Dès lors, quoi de plus légitime de vouloir revoir tous les souvenirs avant que la maladie ne les bouscule ou les emmène. La famille se lance dans une course contre le temps de l’oubli. Elie décide d’emmener son père sur le chemin de sa vie, là où tout a commencé.

Certains pourraient se questionner sur l’aspect impudique et le caractère « People » de ce documentaire. Personnellement, je pense que pour un acteur/comédien dont la carrière professionnelle est basée sur l’image, il est compréhensible d’offrir un documentaire en hommage à son père et à sa famille. Elie, s’est lui-même posé la question, mais il a été encouragé par des amis du métier. Il s’est accompagné d’une réalisatrice Marjory Dujardin. La notoriété d‘Elie Semoun et la qualité du documentaire, permettent de visibiliser la maladie et les difficultés liées rencontrées par les aidants proches.

Le résultat est touchant, ce documentaire est d’une sincérité profonde. Ce n’est pas une mise en valeur personnelle que vous allez découvrir, mais bien l’histoire d’une famille solidaire touchée par la maladie. On y voit les angoisses, le soutien et l’évolution des aidants et du patient, mais aussi toutes les petites touches d’humour qui aident la famille, au quotidien.

Un retour aux racines, pour Elie et son vieux.

Sur les images tremblantes, projetées par la vielle machine, nous sommes plongés dans un bain de soleil et d’insouciance. Nous découvrons les quartiers du Maroc, là où la famille d’Elie habitait. Le visage d’une femme au regard fort se précise, c’est la mère de l’humoriste. Celle-ci est décédée alors qu’il n’avait que 11 ans. Elie nous partage la souffrance de ne pas avoir pu se rendre aux funérailles, et les répercussions de ce choix dans sa relation avec son vieux. La famille a quitté, cette région dans les années 60 pour rejoindre la France. Il est temps pour Elie, d’offrir à son père, la possibilité de revoir ces lieux. Pour le comédien, ce voyage pourrait également retracer un passé manquant et trouble. Le départ est donc programmé, il propose, à son père, un voyage vers un retour aux racines. Comme pour rafraîchir les souvenirs, les réimprimer, pour que leurs couleurs ne se ternissent pas trop vite. Il profite de ce temps pour légitimer des moments partagés, et avancer dans cette étape de la vie.

Tantôt  bienveillant, tantôt rassurant, Elie reste humain. Il perd, parfois, un peu, patience face aux répétitions constantes qu’implique la maladie. Son père, de nature directe, lui rappelle que c’est son fils et la compréhension qu’il attend de lui : « Tu seras donc indulgent avec moi ».

Et de l’indulgence et de l’acceptation Elie en fait preuve tout au long du documentaire, notamment quand il parle, avec son père, de la maladie d’Alzheimer qui le touche.

Quand on oublie qu’on est malade…

Paul sent que quelque chose est inhabituel : « C’est pas normal, dans ma tête, c’est pas normal. Où alors, on a … ». Il doute, ses proches auraient-ils modifié des choses, où l’emmènent-ils ? Elie et sa famille abordent, sans détour, la maladie avec leur ascendant. Lors d’un dialogue, Elie le questionne : « Tu crois que tu perds la boule ?  Oui, je ne suis pas normal, je découvre. Je sais que je connais, mais je découvre…Et là, je me réveille, je fais un rêve ».

Son père ne se sent ni vieux, ni malade. Il proteste son mécontentement et sa déception quand Elie l’accompagne pour visiter une EHPAD. On perçoit, alors, une dualité entre, un lieu que la famille assimile à la sécurité, contre, selon Paul « un endroit où il sera placé sous surveillance. Il lance même : « Il ne faut pas avoir peur des mots. »

Viennent les doutes et le sentiment de culpabilité pour la famille. Ils constatent que chaque membre de la famille vit les choses différemment : chacun a ses propres questions et ressentis. Ils s’interrogent également sur la perception de leur père de la maladie.

Une question essentielle est également posée : « Comment continuer à accompagner son proche tout en prenant soin de soi ? »

Qui est prêt à cela ?

La lumière est douce, chaude dans les moments de complicité. La nuit et sa noirceur apportent son lot d’angoisses et des comportements étranges. Elie se retrouve parfois face à une autre personne, mais qui heureusement le reconnaît toujours. « Est-ce que je suis prêt à être oublié par mon père, personne n’est prêt à cela ».

Et le comédien a raison, personne n’est prêt à être oublié. Personne n’est prêt, non plus, à répéter sans cesse. Personne n’est prêt à en arriver, parfois, à ce que les rôles s’inversent jusqu’à devenir le père de son père...

Comment accompagner quelqu’un qui se sent « étranger » là même où il a vécu ? Une personne qui perd toute assurance dans les lieux qu’il fréquentait et oublie parfois les visages connus ?

Comment accepter certaines phrases difficiles, qui sont prononcées par une voix que l’on connaît, mais qui sont dictées par la maladie ?

Ce documentaire, permet de mettre en lien l’évolution de la maladie et la relation avec les accompagnants.

Elie, livre, dans une sensibilité juste : « Quelqu’un qui a la maladie d’Alzheimer meurt deux fois. Une fois, quand il perd ses souvenirs, une fois lors de la mort ».

Pourquoi faut-il voir et partager le documentaire « Mon vieux ? Mon avis.

Je perçois ce documentaire, comme une aide à toutes les familles qui ont un proche touché par une maladie de l’oubli. Celles-ci pourront se reconnaître dans de nombreux questionnements et situations. Sans aucun doute, ces aidants se sentiront moins seuls dans cette situation. La sincérité de la famille Semoun m’a beaucoup touchée. Le fait d’être transparent sur la maladie, sur son évolution et  les choix posés, permet un dialogue constant qui est constructif.

Je pense que ce documentaire permet une sensibilisation générale. Selon, moi, il serait pertinent de le compléter, par un contenu qui permettrait aux familles de trouver une aide individualisée.

Finalement, même si vous n’êtes pas touché par cette maladie, je vous invite à regarder ce documentaire. C’est une histoire vraie qui revient sur les essentiels de la vie.

La bande annonce est disponible sous le lien suivant.

Avez-vous regardé ce documentaire ? Quel est votre avis ?

A bientôt.

Coralie

 

 

 

 

 

Si vous avez aimé l'article, vous êtes libre de le partager! ;-)