Trompe de chasse transmision
28 mars 2021

Pourquoi François a décidé de transmettre l’art de sonner la trompe ?

Par Coralie

J’ai découvert, il y a peu, que cet art a été reconnu, en 2020, “Patrimoine immatériel de l’UNESCO “. Malgré que je connaisse peu cette discipline, je sais que sa pérennité repose sur la transmission entre générations. Sans attendre, j’ai pris contact avec la Fédération des sonneurs de Trompes du Bénélux. Son Président, François, est grand-père de 11 petits-enfants. Aucun d’entre eux n’a souhaité apprendre la trompe. Néanmoins, François transmet la technique et les valeurs liées à cet art, auprès de nombreuses générations dans le monde. Car notre pays est connu pour cette discipline, Saint-Hubert est d’ailleurs la capitale internationale de la trompe de chasse.

Ses plus jeunes élèves avaient une dizaine d’années quand ils ont commencé. Juste quelques années de plus moins lui, quant à Dinant, il a découvert cette passion.

J’ai dépassé largement l’heure d’interview en compagnie de François, mais quelle richesse ! François devrait être invité dans les écoles pour animer les cours d’histoire ! (il le fait au “Cenree de Dépaysement et de Plein Air de Saint-Hubert !)

Cette semaine, grâce à ce portrait, je vous propose un voyage à travers les époques, les mélodies et les valeurs.

transmission trompe Unesco

François lors d’une séance de transmission

Un petit saut dans le temps…

Au départ de cet échange, François m’emmène sur les origines de la trompe : “Elles sont à la fois lointaines et récentes. Quand nos ancêtres de la Préhistoire devaient chasser, ou se battre, il fallait communiquer loin. La voix s’est très vite avérée insuffisante, ils ont donc eu l’idée d’utiliser des cornes d’animaux, percées d’un trou à la pointe. Plus tard, sous le même principe, des matières comme le bois et le métal ont été utilisées pour confectionner les instruments. C’est à cette époque que le glissement vers la musique s’est opéré. Le son particulier, le moyen de le changer, le moduler, la puissance…Mais cette discipline a connu un réel essor, à Versailles sous le règne de Louis XV. Ce dernier s’était adressé à son “Gentilhomme des menus plaisirs”, le Marquis de Dampierre, pour qu’il puisse trouver quelque chose qui animerait la chasse à courre. C’est ce dernier qui eut l’idée d’utiliser les cors présents dans les orchestres des paroisses pour en faire la Trompe de Chasse et animer la vénerie royale. Et ce qui était prévu, au départ, pour amuser les hommes, a aussi apporté une certaine utilité aux dames : Les courts extraits musicaux sonnés, s’appellent des Fanfares. Elles ont toutes une signification. Nous sonnons par exemple, encore aujourd’hui, le débuché, le bat l’eau sonnée quand les chiens traversaient une rivière…ces morceaux permettaient aux dames restées dans des endroits plis confortables de suivre à distance la chasse.”

Grâce à François, je découvre donc que la Trompe est l’ancêtre de nos téléphones portables 😉

Des mélodies encore jouées aujourd’hui.

Bien qu’aujourd’hui, cet art soit complètement indépendant de la chasse, mon invité me précise que les fanfares de vènerie sont toujours sonnées, qu’elles forment le répertoire de base du sonneur.

“Malgré qu’il n’y a aucun enregistrement de cette époque, ce sont encore ces mélodies,  parfois un peu adaptées, que nous sonnons aujourd’hui. Nous sonnons sans partition, la transmission est largement orale. Les fanfares ont toutes des ambiances, des histoires, des dynamiques exceptionnelles. Il existe une soixantaine de fanfares de vènerie, car chaque animal et chaque circonstance de la chasse possède son propre signal musical.”

Mais François est persuadé que si cette transmission est possible c’est surtout grâce à l’émotion qui se dégage des mélodies. Il complète : “Cette musique était produite dans un endroit particulier, la pleine nature, aux milieux des arbres. Les sonneurs n’ont pas de pistons pour les aider, et les sons produits sont une amplification de ce qui se joue à l’intérieur du corps du sonneur. C’est en soi que la musique est créée pour être amplifiée par la Trompe, et de ce fait, ce qui est interprété est un peu le reflet de la personne et de ses émotions.”

Trompe de chasse transmision

Quelques sonneurs lors du Festival de Munshausen en 2014

Pourquoi décide-t-on de transmettre ?

Et si nous l’avons compris, François apprécie particulièrement de sonner, pourquoi a-t-il décidé de transmettre ?

Il y a la musique, mais la trompe véhicule des valeurs que j’apprécie particulièrement. En premier lieu le respect des autres sonneurs, et sonneuses (Note de la blogueuse : Et oui, la trompe est ouverte depuis toujours aux femmes 😉. Il y a une certaine recherche du beau et de la qualité, qui demande une exigence dans le travail, une persévérance et un effort dans la durée. Sonner de la Trompe, c’est très technique cela demande un vrai engagement. En outre, toute la notion du travail en groupe, l’esprit d’équipe et l’apprentissage de l’acceptation des conseils et des remarques sont aussi intéressants.”

Cette transmission repose essentiellement sur du bénévolat. C’est ainsi, que François accompagné de son épouse, également sonneuse, a animé de nombreux stages en Belgique et à l’étranger : “Nous sommes allés en France, en Allemagne, en Pologne, en Suisse, aux Etats-Unis… Ce qui est commun à toutes ces destinations, c’est la convivialité rencontrée. Dans le milieu des sonneurs tout le monde se tutoie peu importe son âge, son niveau…Entre les sonneurs, il y a une relation particulière qui s’établit. Quand je participe à des stages, c’est un échange que je vais chercher, une ambiance, un partage”

sonneuses de trompe apprendre

Sonneuses et sonneur lors du Championnat du Bénélux en 2016.

 

La reconnaissance UNESCO

Et c’est pour toutes ces raisons, que la France, la Belgique, le Grand-Duché de Luxembourg et l’Italie ont présenté un dossier à l’UNESCO. Pour que ce patrimoine culturel et immatériel puisse perdurer : “Il existe presque partout en Belgique des groupes de sonneurs. Nous sommes actuellement entre 25 et 30 groupes, pour moins 350 sonneurs. La trompe s’apprend, entre autres, lors de stages, et nous avons constaté que la moyenne d’âge des stagiaires est de plus en plus élevée. Nous avons souhaité réaliser cette démarche à l’UNESCO pour le futur. Pour sonner les premiers morceaux, il faut compter entre deux et trois ans. C’est un apprentissage qui est difficile, long et qui nécessite persévérance et humilité. Nous voulons le sauvegarder. Cette reconnaissance nous permet une visibilité accrue. Des contacts avec la presse écrite et télévisée par exemple. Mais nous avons aussi eu l’opportunité de réaliser un festival tout public à Anvers. Et cela, c’était merveilleux ! J’espère, réellement, qu’à la sortie de cette crise sanitaire, nous pourrons rapidement participer ou organiser ce type d’événement. Cela nous permettra de continuer à faire connaître cet art et ses valeurs à de nombreuses personnes.”

Découvrez, ici le reportage réalisé par la Une lors de l’obtention de la reconnaissance UNESCO.

Discipline ouverte à tous les âges.

De plus, et pour encourager de nouvelles personnes à sonner : “Il n’y a pas d’âge pour se mettre à la trompe. Il y a deux ans, un monsieur de 70 ans, a commencé à apprendre à sonner. En deux ans, il a atteint le niveau pour passer l’examen qui donne l’accès aux concours. Ce qui est très rapide : ce qui montre qu’avec de l’enthousiasme et de la perévérance, tout est possible.”

Et le fait que de nouveaux amateurs s’initient à cette discipline permettra à François d’atteindre un autre plaisir : “Celui d’être dépassé par un sonneur plus jeune !”

Un très grand merci à François pour ce partage de passion.

Avez-vous déjà eu l’occasion de participer à une représentation de sonneurs de trompe ? Les enfants de votre entourage,connaissent-ils cet art ?

Envie de participer à la sauvegarde de ce patrimoine ? Parlez et partagez cet article autour de vous !

26 portraits sur 52 ! Pile la moitié !

Cette interview de François, pointe la moitié de mon défi des 52 portraits ! Depuis 26 semaines, je vous présente des portraits de grands-parents de Belgique et de l’étranger.

Et oui, déjà ! Dans tous les cas, jusqu’ici, j’ai énormément appris et je me suis régalée…

Découvrez ici, mes portraits précédents.

Merci de me suivre dans cette aventure.

A la semaine prochaine.

Coralie.

 

 

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